Tout comme le statut de Région administrative spéciale de Hong Kong est un hybride d’ingénierie chinoise et britannique, la question de l’identité à Hong Kong est complexe, et définie qui est Hongkongais et qui est étranger est une tâche potentiellement délicate.
Hong Kong, c’est aussi l’histoire de deux passeports. Avant la rétrocession de 1997, l’incertitude poussait nombre de résidents chinois de Hong Kong à obtenir le passeport national britannique d’outre-mer ou à acquérir la citoyenneté américaine, canadienne, australienne, voire d’autres pays du Commonwealth. Une sorte de filet de sécurité, au cas où l’arrivée du pouvoir communiste bouleverse la vie locale. Finalement, ce scénario n’a pas eu lieu. Beaucoup de ces familles sont revenues, ramenant avec elles leurs enfants ABC (American Born Chinese), BBC (British Born Chinese) ou CBC (Canadian Born Chinese), des jeunes nés à l’étranger mais imprégnés d’attaches multiples.
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Dans ces familles, parents comme enfants gardent un lien fort avec leur pays d’accueil d’origine, Canada, États-Unis, Royaume-Uni, tout en se revendiquant hongkongais. L’identité se tisse ainsi sur plusieurs plans, entre racines et horizons nouveaux, sans jamais renier l’un ou l’autre.
À l’inverse, on trouve à Hong Kong des Britanniques, Indiens, Pakistanais, Australiens et d’autres communautés qui, bien qu’ayant vu le jour et grandi sur place, conservent le passeport du pays de leurs parents. Ces personnes ont le droit de résider en permanence dans la ville. Elles incarnent à leur façon la complexité du paysage local : natifs et venus d’ailleurs, tous se reconnaissent comme Hongkongais, tout en entretenant des liens avec d’autres terres.
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Ce brassage façonne une ville marquée par ses identités chinoises et occidentales, où la double nationalité n’a rien d’exceptionnel. Ici, le nationalisme rigide n’a pas vraiment sa place : Hong Kong s’enorgueillit d’un héritage multiculturel, et la cohabitation des cultures fait partie de son ADN.
À ces résidents permanents s’ajoutent les expatriés venus du monde entier. Selon les données officielles, environ cinq pour cent des sept millions d’habitants de Hong Kong sont étrangers. Parmi eux, les communautés les plus nombreuses sont les 115 000 Philippins et les 110 000 Indonésiens, employés en grande partie comme aides à domicile, nourrices ou dans d’autres métiers du service.
Pour illustrer la diversité des expatriés présents à Hong Kong, voici quelques chiffres qui dessinent les contours de cette population :
- Les expatriés occidentaux, dont le nombre a nettement baissé depuis 1997 suite à un durcissement des règles de visas de travail
- Les ressortissants britanniques sont désormais 24 000, loin de la position dominante qu’ils occupaient avant la rétrocession
- Les communautés américaines et canadiennes comptent respectivement 13 000 et 11 000 personnes
Il faut noter que beaucoup d’Occidentaux vivent à Hong Kong pour quelques années seulement, sous contrat temporaire, ce qui rend les statistiques officielles souvent inférieures à la réalité vécue sur le terrain. Les ambassades évoquent des chiffres bien plus élevés.
Pourquoi Hong Kong attire-t-elle autant ? La présence de nombreuses multinationales, de banques internationales et de grandes sociétés financières y est pour beaucoup. L’anglais règne en maître dans le monde des affaires, ce qui facilite l’intégration des nouveaux venus. La ville affiche aussi une grande aisance dans la gestion de la diversité, rendant l’installation relativement simple pour qui débarque à Hong Kong. Services gouvernementaux, compagnies publiques, prestataires : tous proposent des interlocuteurs anglophones et des dispositifs d’accompagnement pour les expatriés, même sur de courtes périodes.
L’accueil, dans la vie quotidienne, se vérifie : les habitants de Hong Kong n’hésitent pas à partager leur culture et font preuve d’une patience rare face aux maladresses des nouveaux arrivants. L’adaptation aux usages locaux ne se fait pas sous la contrainte, mais sur un mode bienveillant. Les démarches administratives restent nettement moins laborieuses qu’ailleurs en Asie, ce qui tranche avec les expériences souvent rapportées par ceux qui ont tenté l’aventure dans d’autres pays.
Mais tout n’est pas sans accroc. Sur le terrain, beaucoup relèvent que les communautés occidentales et chinoises vivent encore trop souvent en parallèle, chacune dans ses propres cercles. Cette séparation découle principalement de la barrière de la langue : peu d’expatriés, même installés depuis longtemps, maîtrisent le cantonais, tandis que la majorité des Chinois hésite à converser en anglais, par manque de confiance plus que de compétence réelle. L’habitude de côtoyer des étrangers fait aussi que la curiosité spontanée, moteur de rencontres ailleurs en Asie, se manifeste moins ici.
Résultat, la vie sociale des expatriés occidentaux se concentre souvent autour des clubs de rugby, des pubs à l’anglaise de Wan Chai, ou des barbecues des associations nationales. Les occasions de tisser des liens au-delà du travail avec la population locale restent plus rares. Pourtant, une génération de jeunes, ABC, BBC, CBC, bouscule les codes. Formés à Hong Kong, mais baignés dans une culture occidentale, ces enfants de la diaspora jonglent entre les langues, s’intègrent partout, et incarnent ce pont vivant entre les cultures, capables d’apprécier aussi bien une pinte de bière qu’une danse du dragon.
Hong Kong trace ainsi sa propre route. Ici, les trajectoires s’entrecroisent, les appartenances se superposent, et chaque visage dans la foule porte en lui une part de cette identité composite. Rien n’est figé : la ville évolue, tout comme ceux qui la font vivre.

