Chaque guerre laisse derrière elle un sillage de douleurs qui ne cicatrisent jamais vraiment. Les survivants, leurs familles, des milliers de destins marqués à vie. Alors que le 30 avril, jour de la réunification vietnamienne, approche, il est temps de regarder en face ce passé : d’où vient vraiment la guerre du Vietnam ?
Le Vietnam continue aujourd’hui d’incarner l’un des derniers bastions communistes sur la planète.
Kim Jong Un, le dirigeant nord-coréen, a foulé le sol vietnamien pour une rencontre au sommet avec Trump.
Quelques repères sur la guerre du Vietnam
La guerre du Vietnam, Chiến tranh Việt Nam en vietnamien, est aussi appelée seconde guerre d’Indochine, et simplement “guerre américaine” au Vietnam. Ce conflit non déclaré a secoué le Vietnam, le Laos et le Cambodge du 1er novembre 1955 à la chute de Saigon, le 30 avril 1975.
Cette guerre, deuxième épisode des conflits indochinois, a opposé le Nord-Vietnam au Sud-Vietnam. D’un côté, le Nord soutenu par l’URSS, la Chine et d’autres alliés communistes. De l’autre, le Sud épaulé par les États-Unis, la Corée du Sud, les Philippines, l’Australie, la Thaïlande et leurs partenaires anticommunistes. Beaucoup d’Américains voient encore ce conflit comme une guerre par procuration typique de la guerre froide. Pendant près de 19 ans, les États-Unis s’y sont engagés activement, jusqu’aux accords de Paris de 1973. Dans la foulée, la guerre a embrasé le Laos et le Cambodge, menant les trois pays vers des régimes communistes dès 1975.
Quelles sont les causes de la guerre du Vietnam ?
Déclencheurs et engrenages
La guerre du Vietnam puise ses racines dans le climat tendu de la guerre froide. Le gouvernement américain est alors convaincu que le communisme risque d’envahir toute l’Asie du Sud-Est. Cette peur alimente la doctrine du “confinement”, qui structure la politique étrangère des États-Unis : empêcher, coûte que coûte, la propagation du communisme.
Impossible pour l’URSS et les États-Unis de s’affronter directement, la menace nucléaire est bien trop réelle. Les deux superpuissances s’appuient alors sur des États satellites pour mener leurs combats. Au Vietnam, ce sont les Américains qui prennent les armes. L’URSS, elle, soutient la Chine, qui équipe à son tour le Nord-Vietnam dans sa lutte contre l’influence américaine.
La fameuse “théorie des dominos” fait son chemin à Washington dès les années 1950. Selon cette idée, si un pays bascule dans le communisme, ses voisins suivront. D’où l’urgence d’empêcher la chute du premier domino, quitte à s’impliquer militairement. Cette vision a largement servi de justification à l’engagement américain au Vietnam, tout comme lors de la guerre de Corée quelques années plus tôt.
Mais le conflit ne naît pas du néant. Depuis la fin du XIXe siècle, le Vietnam subit la domination coloniale française. Ce passé alimente une hostilité croissante envers les puissances étrangères. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Japon occupe la région. Après la reddition japonaise, la France, soutenue par les États-Unis, tente de reprendre la main. Cette tentative échoue et ouvre la voie à Ho Chi Minh, figure révolutionnaire et chef du mouvement indépendantiste Viet Minh. La bataille de Dien Bien Phu, en 1954, marque la défaite française et le Nord passe sous contrôle communiste. Cette même année, la conférence de Genève officialise la partition du Vietnam au niveau du 17e parallèle : le Nord dirigé par Ho Chi Minh, le Sud confié à Ngo Dinh Diem, appuyé par les démocraties occidentales.
Lyndon Johnson, devenu président américain, veut stopper coûte que coûte l’expansion du communisme au Vietnam. Robert McNamara, son secrétaire à la Défense, le pousse à intensifier l’action militaire. L’incident du golfe du Tonkin, en août 1964, fait basculer la situation.
Ce fameux incident se décompose en deux épisodes distincts, survenus alors que les navires américains patrouillaient dans les eaux du Tonkin.
- Le 2 août, l’USS Maddox essuie des tirs de trois torpilleurs vietnamiens. L’échange est bref, l’USS Maddox riposte et endommage les assaillants, ne subissant qu’un impact de balle.
- Le 4 août, un nouvel accrochage est signalé. Pourtant, de nombreux historiens estiment aujourd’hui que ce second incident n’a jamais eu lieu : un simple malentendu dû à une mauvaise interprétation radar. Ces deux épisodes, réels ou non, servent néanmoins de prétexte à une escalade américaine sans précédent. Le Congrès adopte la résolution du golfe du Tonkin, offrant à Johnson le feu vert pour envoyer massivement des troupes au Vietnam.
Le Vietnam avant la Seconde Guerre mondiale
Avant la Seconde Guerre mondiale, le Vietnam est sous domination française. Pendant la guerre, les Japonais envahissent le pays. Leur départ laisse place à une brève tentative d’autogestion, menée par Ho Chi Minh. Mais à la fin du conflit, les Alliés redonnent le Sud aux Français et confient le Nord à la Chine nationaliste. Cette période est marquée par des exactions contre les Vietnamiens du Nord, ce qui favorise le soutien à Ho Chi Minh. Peu après, le Viet Minh prend le contrôle du Nord, profitant du retrait chinois en 1946.
Le Vietnam après la Seconde Guerre mondiale
À l’automne 1946, la France annonce son intention de reprendre le Nord-Vietnam. Le Viet Minh se prépare à la confrontation. En novembre, le port de Haiphong est bombardé, faisant 6 000 victimes. Les Français essaient alors de rallier la population avec une “indépendance” fictive, sans réel pouvoir. Bao Dai, nouveau dirigeant nommé, n’obtient aucune reconnaissance de l’URSS ni de l’Europe de l’Est, qui considèrent Ho Chi Minh comme le vrai leader du pays.
La stratégie militaire française s’enlise. L’aide américaine massive ne suffit pas à contrer la guérilla du Viet Minh, désormais épaulée par la Chine de Mao. Deux camps, deux soutiens : l’Occident mise sur Bao Dai, le bloc communiste sur Ho Chi Minh.
En novembre 1953, des parachutistes français d’élite sont déployés à Dien Bien Phu pour écraser la résistance. Mais en mai 1954, ils doivent capituler face aux forces nord-vietnamiennes. La France quitte le Vietnam, vaincue.
La partition du Vietnam
En avril 1954, une conférence internationale se tient à Genève. En juillet, la décision tombe : le Vietnam est coupé en deux au 17e parallèle. Bao Dai au sud, Ho Chi Minh au nord. Il est prévu que des élections nationales aient lieu en 1956, sous supervision internationale, pour réunifier le pays. Ces élections n’auront jamais lieu. La division devient définitive.
Le Nord, peuplé de 16 millions d’âmes, vit essentiellement de l’agriculture. Le Viet Minh y forme des guérilleros, bientôt envoyés dans le Sud pour y diffuser l’idéologie communiste. Soutenus par la Chine, ces hommes débarquent dans les campagnes sud-vietnamiennes. Plutôt que d’opprimer, ils prêtent main forte aux fermiers. Les populations, habituées à la brutalité des soldats, découvrent des combattants courtois et solidaires.
Le Sud-Vietnam compte lui aussi 16 millions d’habitants. À sa tête, Ngo Dinh Diem, catholique intransigeant et farouchement anticommuniste. Peu soucieux des droits humains, son autorité s’exerce d’une main de fer, assisté de son frère Ngo Dinh Nhu. Malgré la corruption et la répression, les États-Unis continuent de soutenir Diem, dans le contexte de la “théorie des dominos”.
Après le refus des élections de 1956, le Viet Minh radicalise son action. Rebaptisés Viet Cong, les guérilleros multiplient les attaques dans le Sud, empruntant le fameux sentier de Ho Chi Minh, long de 1 000 km à travers la jungle laotienne. Leur chef militaire, Giap, s’inspire des tactiques chinoises et prône une stratégie mêlant combat et soutien actif aux populations sudistes. Bien avant l’arrivée massive des troupes américaines, la guerre des “cœurs et des esprits” est déjà engagée.
Le 30 avril, date charnière
Le 30 avril 1975, Saigon tombe. La guerre du Vietnam s’achève. Le Sud est libéré, le pays réunifié. Cette date devient la Journée de la réunification, une commémoration majeure pour le peuple vietnamien, symbole de victoire et d’indépendance conquise.
À cette occasion, tous les Vietnamiens désertent les bureaux pour se rassembler. Les rues vibrent au rythme de concerts et de chants patriotiques. Les maisons se parent du drapeau vietnamien, les avenues brillent de bannières rouges. À Ho Chi Minh-Ville, la ville organise des feux d’artifice dès 21 heures dans plusieurs quartiers, pour célébrer l’un des épisodes les plus marquants de son histoire récente.
Des décennies ont passé, mais le 30 avril continue de résonner. Au Vietnam, ce n’est pas seulement une date sur un calendrier : c’est la preuve qu’un peuple peut reprendre son destin, même après des années de chaos et d’ingérence étrangère.









